samedi 31 octobre 2015

Journal 1

J'ai décidé (haha pardon pour la formule qui se répète) de paraphraser ce que j'écris dans mes carnets sur mes lectures et de faire une sorte de suivi ; sorte de journal qui reprendra mes lectures et mes impressions. J'ai un blog sur lequel je postais ce genre de choses, mais avec en prime un compte rendu de mes humeurs, et je crois qu'il faut éviter de rendre la chose visible. C'est quelque chose qu'il faut garder pour soi et son entourage.



J'ai dressé il y a de ça quelques semaines (deux ou trois?) une liste de livres qui comptabilise les livres que j'ai commencés sans les finir. J'adore taper des listes à l'ordinateur. Je peux m'amuser à les styliser avec des jolies polices d'écriture, et cela rend la chose officielle. C'est une pantomime de bureau, d'administration, qui me fait beaucoup rire et qui me libère, comme le mythe égyptien platonicien de l'écriture qui permet de se soulager la mémoire (je ne suis pas précise là dessus, je le regrette). Je range mes petites listes soit dans un carnet si je les écris directement à la main dedans, soit dans un classeur fleuri (kitsch, que j'adore) si elles sont sur papier libre.
Cette liste a été laborieuse. Plus je la regardais, plus je me rendais compte que je ne barrais pas les titres assez vite, plus je me disais que certains de ces livres ne me donnaient plus envie du tout, ou simplement il ne me plaisait pas de les lire rapidement, autrement dit, de les évacuer (même si je ne fais jamais vraiment ça).

Mais entrons plus dans le détail : j'ai tout de même lu La Reine Morte de Montherlant. Que j'avais mis en pause au milieu. Montherlant est assez surprenant. Il me fait plus penser aux atmosphères lourdes et aux styles touffus et précis de la fin du XIXème qu'au milieu du XXème. C'est assez surprenant. L'homme avait le sens de la formule, et elle nous pénètre de manière efficace, elle n'est pas forcée, elle est naturelle (c'est notamment pour ça que je le rapproche de certains écrivains mi-fin-XIXème). Il manie la métaphore de manière exquise. C'est une pièce que l'on a envie de citer à tout va et qui pourtant n'a manifestement pas été écrite pour cela. Elle coule comme de l'eau de roche, minérale, et elle brûle comme une pleine lune. Montherlant fait classique brumeux, lourd et précieux, et j'adore. Un diamant noir. Inès et L'Infante sont deux personnages incroyables. Elles dégagent toutes deux une force spectaculaire, et le pauvre Pedro semble bien pâle à côté d'elles et de son père. (Même si certains passages entre Pedro et Inès m'ont fait penser au Cantique des Cantiques, mais c'est peut-être parce que j'aime trop ce texte biblique). Le livre me fait également penser à un Shakespeare éthéré, sur lequel serait passé le XIXème justement. J'ai adoré cette lecture, saisie de bout en bout, interrompue par la réalité de la vie (! : formule digne de la télé-réalité).


Je suis présentement dans The Turn of the Screw d'Henry James. Avant cela j'avais lu Daisy Miller dans le même livre. Je suis comblée. Daisy Miller est exactement le genre de nouvelle moderne que j'aime. Sans construction classique apparente, avec une fin en plongeoir de piscine, ou en bout de falaise (si on veut une image plus romantique). Un côté impénétrable grâce au point de vue adopté, et un mystère qui plane toujours à la fin, celui de l'absence d'omniscience absolue. Daisy Miller reste un personnage impénétrable, même si elle a tout de la petite sotte qui n'en fait qu'à sa tête, on ne peut s'empêcher de l'imaginer impertinente, charmante et forte, et je crois que c'est la grandeur de cette nouvelle. Que penser de cette femme, à la chute si banale et bête, anecdotique? La nouvelle (ou novella?) fait environ soixante-dix pages dans mon édition et même si l'histoire peut tenir en trois lignes, quand on regarde en arrière, elle me parait d'une densité remarquable. Les détails, évidemment (Henry James était inspiré par Zola et le courant naturaliste français, il me semble, si je ne dis pas de bêtises), sont responsables en grande partie de ce sentiment. Je crois que j'adore les livres avec tant de descriptions. James est plus dans la finesse que Zola, qui, par exemple peut magnifiquement amorcer une description (en la guidant avec le point de vue par exemple), mais qui du coup la plaque et l'étire de manière doctrinale (pardon mais c'est un peu vrai, même si j'adore ces descriptions!), macérée dans son jus naturaliste. James est plus fin, il va peut-être réussir à injecter la même quantité de description et de détails, mais en touches discrètes, comme s'il avait réussi à faire passer le goût de l’arsenic dans un bon vin. J'aime aussi les caractérisations des personnages, qui appellent nos sens (je pense surtout au son du rire de Daisy, que je peux bien m'imaginer). Superbe lecture.

The Turn of the Screw, dont j'ignorais totalement l'intrigue, est une lecture qui par hasard se trouve être en accord parfait avec la Toussaint. Et c'est la que je trouve James d'un génie tout particulier, avec ses allusions. Avec le prologue, il me fait penser à Boccace (et Marguerite de Navarre), puisqu'il s'agit d'un récit enchâssé, et le corps de l'histoire raconté à la première personne par la gouvernante fait directement penser à un Jayne Eyre d'épouvante, éminemment gothique. Mais ce qui est surprenant, (et là je ne sais pas si c'est ma conscience sur le texte qui me fait penser cela ou si c'est le texte qui fait naître cela) c'est qu'il semble qu'il y a une petite note ironique, acide, qui subsiste. Et c'est peut-être le regard des devisants du début qui apporte cette sensation, mêlé avec l'intertextualité suggérée. Mais il faut bien dire aussi qu'on se fait manipuler (avec toutes les fictions, mais là particulièrement) et que j'ai plaisir à avoir peur malgré les trous voulus dans la narration. Et c'est peut-être aussi ce qui apporte une sorte d'ironie au texte. Il y a énormément de choses qui sont un peu trop grosses, un peu trop bizarres pour que cela marche complètement, et pourtant je me laisse guider. J'adore les histoires de fantômes, les personnages inquiétants, et les brebis égarées qui vont mal finir. Il me reste quelques chapitres à lire, j'ai hâte de savoir quelle sera la fin!
Des yeux sont sur la couverture du livre, yeux des spectres mais aussi du point de vue (selon moi évidemment, c'est une interprétation à prendre ou à laisser), de la manipulation. C'est vraiment bien choisi et joli.


En parallèle je lis Slow Reading in Hurried Age de David Mikics. C'est un livre qui m'apporte exactement tout ce que je veux, si bien que je me suis demandée si ce n'était pas trop exagéré. En effet, il semble que les américains ont déjà produit la bibliothèque de Babel et qu'au niveau des services, il suffit de demander, on trouvera toujours ce qu'on veut. Même si c'est pour lire lentement et apprendre à lire, et avoir des citations littéraires, et des belles références de Nabokov, Emerson ou encore Dante. Ces américains ont vraiment pensé à tout. Mais je vais être claire : j'adore ce livre. C'est du porno pour littéraire et amoureux des livres. Dans une danse un peu réac, il nous dit qu'internet c'est nul (j'embellis), que ça change notre manière de fonctionner (au niveau du cerveau) et qu'il vaut mieux lire des livres papiers (ouiiiiiii!!!). Que la clé de la lecture c'est la concentration et que les universitaires n'ont pas toujours la meilleure lecture des livres voire ne sont pas les meilleurs lecteurs  parce qu'ils veulent lire le monde dans un livre (hahaha pardon mais ça ça me fait trop jubiler). Ce que j'aime par dessus tout, c'est sa manière de prôner la lecture intime, les liens très intimes et particuliers que le lecteur doit tisser avec le livre, et qu'il doit se l'approprier. J'ai lu une cinquantaine de pages hier pour l'instant et je me gargarise de ces mots! ahahah


Voilà pour cette fois. L'envie m'est venue, peut-être qu'elle me passera après avoir posté cet article. :)

1 commentaire:

  1. très bel article, tu me donnes envie de découvrir toutes ces oeuvres ! :)

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